Références Techniques Nationales 2026 : ce qui change pour les formations GQS, PSC et PSE
L'arrêté du 7 juillet 2026, publié au Journal officiel du 11 juillet 2026 (NOR : INTE2618304A), remplace les « recommandations de premiers secours » par des Références Techniques Nationales (RTN) désormais opposables en justice. Hémorragies, arrêt cardiaque, défibrillation, obstruction des voies aériennes, brûlures, coup de chaleur : l'édition juillet 2026 réécrit de nombreuses fiches et formalise, pour la première fois, une liste de matériel pédagogique obligatoire en GQS. Autre évolution majeure : les infirmiers, kinésithérapeutes et pharmaciens peuvent désormais animer les sensibilisations aux Gestes Qui Sauvent. Dans cet article :
- Un nouveau cadre juridique : des recommandations aux références opposables
- GQS et PSC : un contenu harmonisé et recentré sur les gestes
- PSE1 / PSE2 : les fiches réécrites pour les équipiers secouristes
- Conséquences pratiques pour les organismes de formation et les employeurs
- FAQ : les questions les plus fréquentes sur les RTN 2026
- Synthèse : l'essentiel à retenir
Un nouveau cadre juridique : des recommandations aux références opposables
Jusqu'au 11 juillet 2026, les contenus des formations aux premiers secours reposaient sur des recommandations élaborées par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Utiles, régulièrement actualisées, mais dépourvues de force réglementaire directe. L'arrêté du 7 juillet 2026 change la nature même de ces documents : les Références Techniques Nationales sont annexées au texte réglementaire et deviennent l'unique base de doctrine pour l'enseignement des unités GQS (Gestes Qui Sauvent), PSC (Premiers Secours Citoyen), PSE1 et PSE2 (Premiers Secours en Équipe de niveaux 1 et 2), ainsi que pour les formations de formateurs FPSC et FPSE.
La préface des RTN GQS est explicite : ces références « sont susceptibles de produire des effets de droit, notamment dans l'examen des responsabilités des acteurs qui ne les auraient pas respectées ». Autrement dit, un organisme habilité, une association agréée de sécurité civile ou une autorité d'emploi qui enseignerait des techniques non conformes — ou utiliserait un matériel inadapté — s'expose désormais à voir cette non-conformité examinée en cas de contentieux. La conformité aux RTN n'est plus seulement une question de bonne pratique pédagogique : c'est un enjeu de responsabilité juridique.
Le texte s'articule autour de trois annexes : l'annexe 1 pour la sensibilisation GQS, l'annexe 2 pour l'unité d'enseignement PSC, l'annexe 3 pour les unités PSE1 et PSE2. Les formations de formateurs mobilisent plusieurs annexes (annexes 1 et 2 pour le FPSC, annexes 1 à 3 pour le FPSE). Seule la sensibilisation GQS conserve une souplesse : ses dispositions pédagogiques peuvent être adaptées par l'organisme habilité, sous réserve de la validation d'un référentiel interne de formation par le ministère chargé de la sécurité civile.
Précision importante apportée par la DGSCGC : les RTN constituent des règles de l'art appelées à évoluer au fil des pratiques, mais ne sont pas des guides pédagogiques. Le séquençage des formations reste du ressort des formateurs et des organismes. Des apports de connaissances complémentaires, non obligatoires, peuvent enrichir les formations dès lors que des volumes horaires dédiés s'ajoutent aux minima réglementaires.
GQS et PSC : un contenu harmonisé et recentré sur les gestes
Premier constat à la lecture des RTN édition juillet 2026 : le contenu technique de la sensibilisation GQS est désormais strictement identique aux références PSC, pour une meilleure cohérence d'apprentissage entre la sensibilisation de 2 heures et la formation citoyenne complète. Les fiches sont communes ; les parties non enseignées en GQS y figurent simplement barrées.
L'édition 2026 procède aussi à des allègements ciblés. La fiche « citoyen de Sécurité Civile » ne fait plus l'objet d'un enseignement spécifique : ses messages (protection juridique du citoyen sauveteur issue de la loi du 3 juillet 2020, engagement, entretien des compétences) sont distillés tout au long de la formation, au moment le plus opportun. Les sections liées au contexte épidémique COVID de la fiche Protection sont supprimées, et le 114 — numéro dédié aux personnes sourdes et malentendantes — disparaît de la liste des numéros d'urgence enseignés en GQS, au profit du triptyque 18, 15, 112.
Hémorragies : la victime devient le premier acteur de la compression
Les fiches hémorragies, compression et garrot sont intégralement réécrites (référence 07-2026). Le changement de logique est net : le secouriste demande d'abord à la victime de comprimer elle-même l'endroit qui saigne, et ne réalise la compression à sa place qu'à défaut. Cette approche, directement inspirée du secours en situation de violences collectives ou à victimes multiples, permet au secouriste de rester disponible pour l'alerte et les autres victimes.
Le pansement compressif voit ses indications précisément bornées. Il est mis en place lorsque l'hémorragie est déjà contrôlée manuellement et que le secouriste doit se libérer — pour alerter ou réaliser un geste vital — ou lorsque la victime ne peut pas appuyer elle-même. Il est en revanche exclu pour les plaies du cou, de la tête, du thorax et de l'abdomen. Nouveauté marquante : il est indiqué systématiquement face à une amputation ou un arrachement d'une partie du corps, même en l'absence de saignement.
Le garrot bénéficie d'un cadrage plus rigoureux : positionnement à quelques centimètres de la plaie (idéalement 5 à 7 cm), entre la plaie et la racine du membre, jamais sur une articulation, avec notation obligatoire de l'heure de pose. Surtout, la RTN affiche une préférence explicite pour le garrot de fabrication industrielle — dispositif équipé d'une barre de serrage (windlass) ou d'un mécanisme à cran, d'un lien large et d'un système de sécurité — dont elle souligne « l'excellente efficacité ». Le garrot improvisé reste décrit, avec l'ajout d'une variante sans barre de serrage, mais uniquement comme solution de repli. Les garrots élastiques de prélèvement sanguin sont formellement exclus.
Arrêt cardiaque : des précisions pédagogiques et opérationnelles
Trois évolutions structurent la prise en charge de l'arrêt cardiaque en PSC. Le ratio 15 compressions thoraciques / 2 insufflations chez l'enfant et le nourrisson est officialisé (30/2 chez l'adulte). Lorsque plusieurs intervenants formés sont présents, l'un d'eux peut désormais assurer un rôle de « coach » : guider, encourager et corriger les gestes des autres secouristes pour garantir l'efficacité des manœuvres. Enfin, la RCP doit reprendre immédiatement après la délivrance — ou non — du choc électrique par le DAE, sans attendre ses instructions vocales : chaque seconde d'interruption des compressions pénalise les chances de survie.
La fiche rappelle également l'intérêt des applications de sollicitation citoyenne (Staying Alive, SAUV Life, Permis de Sauver), qui permettent d'être mobilisé par les services de secours en cas d'arrêt cardiaque à proximité.
Formation GQS : les professionnels de santé peuvent désormais former
C'est le changement organisationnel majeur de cette édition : les professionnels de santé exerçant une profession mentionnée dans la quatrième partie du code de la santé publique — infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pharmaciens notamment — peuvent dispenser la sensibilisation GQS, à titre personnel ou sous couvert des entités habilitées (services d'incendie et de secours, associations agréées, organismes publics habilités). Un levier considérable pour densifier le maillage territorial de la formation citoyenne et progresser vers l'objectif présidentiel de 80 % de citoyens formés.
Le cadre de la sensibilisation est par ailleurs formalisé : public à partir de 10 ans, durée de 2 heures minimum, ratio d'encadrement de 1 formateur pour 15 stagiaires maximum, adaptation possible pour les participants en situation de handicap. Et — nouveauté structurante pour les organismes — une liste de matériels obligatoires fait son apparition : 1 mannequin de réanimation cardio-pulmonaire adulte avec poumons pour 2 stagiaires (plus un pour le formateur), 1 maquette de DAE et ses consommables pour 2 stagiaires, 1 DAE de formation avec électrodes adulte et enfant, une maquette de coupe de tête pour visualiser l'effet de la PLS sur les voies aériennes, un téléphone neutralisé pour l'exercice d'alerte, ainsi que le matériel nécessaire aux pansements compressifs et garrots improvisés en quantité suffisante.
PSE1 / PSE2 : les fiches réécrites pour les équipiers secouristes
La référence technique PSE réorganise la numérotation des fiches et réécrit en profondeur plusieurs chapitres. Voici les modifications les plus significatives pour la pratique des équipiers secouristes.
Réanimation cardio-pulmonaire et défibrillation
Le chapitre arrêt cardiaque est simplifié : il passe de quatre fiches de procédure à deux (prise en charge en équipe / en sauveteur isolé). Les 5 insufflations initiales chez l'enfant et le nourrisson sont supprimées, y compris dans le contexte de la noyade. En cas de pouls perçu, les fréquences d'insufflation sont actualisées : 10 par minute pour l'adulte et l'enfant, 20 pour le nourrisson, 30 pour le nouveau-né. Chez le nourrisson, les compressions thoraciques se réalisent désormais avec les deux pouces placés l'un sur l'autre (et non plus côte à côte), le thorax englobé par les mains.
Côté défibrillation, la distinction adulte/nourrisson cède la place à un seuil pondéral de 25 kg pour le positionnement des électrodes : position antéro-latérale classique au-dessus de 25 kg, position thorax/dos en dessous. La position antéro-postérieure est décrite pour l'adulte — en cas d'impossibilité de la position standard, de défibrillations successives inefficaces ou de double défibrillation sur indication médicale. La RCP est explicitement poursuivie pendant la pose des électrodes, et un soutien-gorge peut être simplement déplacé plutôt que retiré.
Obstruction des voies aériennes
La fiche « obstruction partielle » disparaît au profit d'une approche binaire : obstruction totale ou non. Les indications des claques dans le dos sont reformulées sur des critères fonctionnels : victime incapable de parler ou de tousser, toux devenue inefficace chez l'adulte et l'enfant ; nourrisson incapable de pleurer fortement ou de reprendre sa respiration. La désobstruction du nourrisson par compressions thoraciques se réalise désormais dos et tête reposant directement sur les cuisses du secouriste, tête plus basse que le corps.
Hémorragies : le packing entre dans la doctrine
Le pansement compressif improvisé est réintégré dans la fiche PSE. Nouveauté marquante alignée sur les pratiques du secours tactique : face à une plaie hémorragique profonde formant une cavité, il convient de la remplir de compresses (packing) avant d'appliquer le pansement compressif d'urgence. Les garrots pneumatiques rejoignent officiellement les dispositifs à barre de serrage et à cran parmi les garrots de fabrication industrielle reconnus. Enfin, la gaze imbibée de substance hémostatique ne doit jamais être posée au contact direct des organes et des viscères.
Urgences médicales
Trois actualisations notables. En cas de réaction allergique grave (anaphylaxie), la deuxième injection d'adrénaline par auto-injecteur peut être réalisée dès 5 minutes après la première en l'absence d'amélioration, contre 10 à 15 minutes dans l'édition précédente. Pour l'accident vasculaire cérébral, l'administration systématique d'oxygène disparaît de la procédure : la victime consciente est installée strictement à plat, ou en PLS en cas de nausées et vomissements. Pour les intoxications aux opiacés et opioïdes, la ventilation artificielle est indiquée dès que la fréquence respiratoire passe sous 6 mouvements par minute, et l'administration de naloxone intervient après le début de la réanimation en cas d'arrêt cardiaque.
Traumatismes et atteintes environnementales
Les critères de suspicion de lésion du rachis sont simplifiés et durcis : est notamment considérée comme ayant une lésion du rachis toute victime dont les réponses ne sont pas fiables, présentant des signes d'atteinte rachidienne ou médullaire, victime d'un accident à haut risque — ou âgée de 65 ans et plus avec antécédents à risque.
Pour les brûlures graves, le film alimentaire disparaît des moyens de protection, et un point de vigilance est ajouté : les jeunes enfants bénéficiant d'un refroidissement actif à l'eau courante doivent être surveillés pour détecter tout refroidissement excessif du corps.
Le coup de chaleur est redéfini de manière plus clinique : les signes neurologiques peuvent précéder l'élévation thermique, et le contexte (effort physique prolongé, exposition d'un enfant ou d'une personne âgée) prime sur le seul seuil des 40 °C. Une fiche technique dédiée distingue refroidissement passif et refroidissement actif avancé, et le thermomètre hypothermique — capable de mesurer des températures à partir de 25 °C ou moins — rejoint le matériel de bilan pour le suivi des hypothermies sévères.
Parmi les autres actualisations : rinçage des piqûres de méduses à l'eau de mer (le vinaigre disparaît de la procédure), pince à épiler acceptée à défaut de tire-tique pour le retrait immédiat, création d'une fiche technique massage utérin pour prévenir les hémorragies de la délivrance lors d'un accouchement inopiné, position demi-assise ajoutée pour l'accouchement, ordre de retrait des équipements de protection individuelle inversé (gants retirés en premier, friction hydroalcoolique intermédiaire, protections respiratoire et oculaire en dernier), et mention de la pigmentation de la peau parmi les limites de fiabilité de la mesure de SpO2 par oxymètre de pouls.
Conséquences pratiques pour les organismes de formation et les employeurs
Trois chantiers se dégagent pour la rentrée de septembre.
Mettre à jour les référentiels internes et supports pédagogiques. Les référentiels internes de formation des organismes habilités et des associations agréées doivent intégrer les fiches réécrites — hémorragies, arrêt cardiaque, OVA, brûlures, affections liées à la chaleur — en gardant à l'esprit l'opposabilité juridique des RTN. Les supports de cours, diaporamas et mémos remis aux stagiaires sont concernés au même titre.
Vérifier la conformité du parc de matériel pédagogique et de secours. La liste de matériels obligatoires GQS (mannequins RCP avec poumons, maquettes de DAE, DAE de formation avec électrodes adulte et enfant, maquette de coupe de tête) et les évolutions PSE (garrots industriels dont pneumatiques, pansements compressifs d'urgence avec applicateur de pression, compresses pour packing, thermomètres hypothermiques, tire-tiques) imposent un audit des dotations existantes — tant pour les plateaux de formation que pour les lots de secours des postes et dispositifs prévisionnels.
Saisir l'opportunité des nouveaux formateurs GQS. Officines de pharmacie, cabinets d'infirmiers et de kinésithérapie peuvent désormais organiser des sensibilisations GQS : un nouveau maillage territorial pour la formation citoyenne, qui suppose pour ces professionnels de s'équiper en matériel pédagogique conforme à la liste RTN.
FAQ — Références Techniques Nationales 2026
Qu'est-ce qu'une Référence Technique Nationale (RTN) en secourisme ?
Une RTN est un document annexé à l'arrêté du 7 juillet 2026 qui fixe les contenus techniques des formations aux premiers secours (GQS, PSC, PSE1, PSE2, FPSC, FPSE). Contrairement aux anciennes recommandations, les RTN sont opposables en justice : leur non-respect peut être examiné dans le cadre de la recherche de responsabilité des acteurs de la formation et du secours.
Les anciennes recommandations de décembre 2023 sont-elles encore valables ?
Non. Les recommandations applicables jusqu'à la publication de l'arrêté au Journal officiel du 11 juillet 2026 deviennent caduques et sont remplacées par les RTN édition juillet 2026, consultables sur le site du ministère de l'Intérieur (rubrique sécurité civile, recommandations et référentiels).
Qui peut désormais animer une sensibilisation aux Gestes Qui Sauvent ?
Outre les formateurs aux premiers secours (PAE FPS, PAE FPSC, FSST) et les titulaires d'un PSC1 de moins de 3 ans formés par leur autorité d'emploi, les RTN 2026 ouvrent la sensibilisation GQS aux professionnels de santé mentionnés dans la quatrième partie du code de la santé publique — infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pharmaciens notamment — à titre personnel ou sous couvert des entités habilitées.
Quel matériel est obligatoire pour une formation GQS en 2026 ?
La RTN formalise une liste : 1 mannequin de RCP adulte avec poumons pour 2 stagiaires (+ 1 pour le formateur), 1 maquette de DAE avec consommables pour 2 stagiaires, 1 DAE de formation avec électrodes adulte et enfant, 1 maquette de coupe de tête, le matériel nécessaire aux pansements compressifs et garrots improvisés en quantité suffisante, ainsi qu'un téléphone neutralisé pour l'exercice d'alerte.
Quel garrot choisir selon les RTN 2026 ?
Les RTN recommandent explicitement le garrot de fabrication industrielle — équipé d'une barre de serrage, d'un dispositif à cran ou, en PSE, d'un dispositif pneumatique, d'un lien large et d'un système de sécurité — dont l'efficacité est jugée excellente. Le garrot improvisé n'est qu'une solution de repli, et les garrots élastiques de prélèvement sanguin sont exclus.
Synthèse : l'essentiel à retenir
L'arrêté du 7 juillet 2026 marque un tournant réglementaire pour le secourisme français : les Références Techniques Nationales remplacent les recommandations DGSCGC et deviennent opposables en justice, ce qui élève la conformité des formations et du matériel au rang d'obligation juridique. Sur le fond, l'édition juillet 2026 harmonise les contenus GQS et PSC, réécrit la doctrine des hémorragies autour de la compression par la victime, de l'usage systématique du pansement compressif face aux amputations et de la préférence pour le garrot industriel, et affine la prise en charge de l'arrêt cardiaque (reprise immédiate de la RCP après le choc, rôle de coach, ratio 15:2 enfant/nourrisson). En PSE, les fiches réécrites intègrent le packing des plaies cavitaires, les garrots pneumatiques, le seuil de 25 kg pour les électrodes de DAE, la deuxième injection d'adrénaline à 5 minutes et une redéfinition clinique du coup de chaleur. Enfin, deux évolutions organisationnelles structurent la rentrée : l'ouverture de la formation GQS aux professionnels de santé et la formalisation d'une liste de matériel pédagogique obligatoire. Pour les organismes de formation, les associations agréées, les entreprises et les collectivités, l'agenda est clair : actualiser les référentiels internes, auditer le parc de matériel et former les équipes aux nouvelles conduites à tenir avant les prochaines sessions.